L’ainée Yvette Rose (née le 17 mars 1912 à St Sornin) se marie avec un boulanger local, Yvan Guérinaud. Le couple vit à Luzac, petit village près de Marennes, à une vingtaine de km de B et 12km de St Sornin.


De gauche à droite : Gisèle, Marcelle, Anita, Yvette vers 1930/32


St Sornin: de gauche à droite: 1er rang: Guy Gérinaud, 2ième rang: Edgard, Marcelle, Henri, Gisèle, René Papin, ??, Anita avec Michel Pain ds ses bras, 3ièmerang: Yvan Guérinaud, Yvette, ??



Yvette, se marie en premier et a donc logiquement un enfant en premier : Guy. Il fera des études, les réussira et deviendra instituteur. C’est le tout premier de la famille Chauvin à s’être hissé à ce niveau d’instruction. Il fera l’admiration générale des filles Chauvin et gardera cette aura toute sa vie.
Ma mère dira de lui bien souvent « mon second fils » (j’ai 10 ans de moins) ses sœurs lui vouent également cette forme de reconnaissance. Il faut dire qu’à cette époque il était très difficile scolairement de devenir enseignant. On rentrait ainsi dans une caste d’intellectuels très respectés par la population, partout. Il ne reste pas grand-chose de ces valeurs là aujourd’hui…..
Au décès de leur mère Eugénie, Yvette prend le relais de cette dernière pour rassembler, le dimanche, les 4 sœurs et leurs familles. C’est du moins ainsi que j’ai ressenti les choses, même si, auparavant, cette maison était déjà très accueillante. Pendant très longtemps, le dimanche après-midi, les sœurs se rassemblent quelques heures avec leurs maris. C’est la chaleur humaine, Yvan est plaisant, amusant, facétieux parfois, taquin, tout le monde rit de bon cœur. Après sa disparition, le rituel se prolongera quelques années encore.

à droite, assise : René Yonnet, fille d’Alexandrine
Derrière : Jean Large, le mari de sa fille Réjane
Puis de gauche à droite, les 4 filles d’Auguste : Marcelle Bretet, inconnue, Yvette Guérineau, Giséle Massé, Anita Papin

De gauche à droite : Gisèle, Marcelle, Anita et Yvette

Yvan guérisseur :
Une petite histoire vécue. C’est presque du Pagnol…
Yvon faisait du vrai pain à l’ancienne : au bois. Il faut comprendre qu’il travaillait beaucoup la nuit et dormait donc souvent le jour. Quand il avait un petit moment éveillé de jour, il allait souvent à la caisse où il rencontrait des clients et avec qui il plaisantait presque toujours, parfois avec un petit verre de vin blanc quand il s’agissait d’intimes.
Or il advint qu’un homme âgé, mettons Mr M, vint chercher du pain et tomba sur une petite réunion de ce type, présidée comme toujours par Yvan, toujours très en verve.
« Comment va M ? » lui fut-il demandé
« Ah mon fils, j’ai bien mal aux reins avec ces fichus rhumatismes. Oulla la ! »
« Rhumatisme ? Mais il fallait me le dire avant, car j’ai un remède très efficace pour cela » lui dit Yvan, en substance, avec un clin d’œil à ses comparses.
« Ah mais tu m’intéresses, Yvan. C’est quoi ? »
« Suis moi dans le fournil et tu verras c’est radical ! »
Et tout le groupe de se rendre dans le fournil où se trouvait le pétrin électrique et surtout l’entrée du four à bois.
Pour allumer le feu tout au fond du four, les boulangers de l’époque disposaient d’un gros briquet dont la pierre à feu était à l’extrémité d’un long manche. Le long de ce manche d’environ 2 à 3 mètres de longueur, courait une tige qui était manœuvrée par un levier à l’autre extrémité. Le boulanger enfonçait donc ce manche dans le four, à travers les fagots, puis déclenchait une grosse étincelle froide qui allumait le feu tout au fond du four.
Yvan brandit donc cet énorme engin, le braque vers M et lui dit : « tourne moi le dos, relève ta chemise sur les reins, cramponne toi des 2 mains au bord du pétrin, et, surtout, fermes bien les yeux. Ce n’est pas dangereux, mais c’est souverain pour les rhumatismes, tu verras »
Encore un clin d’œil aux comparses, puis, « clac ! » une grosse étincelle près du dos de M.
M se rhabille, bredouille des remerciements, puis, septique malgré tout, s’en va.
Yvan et ses comparses laissent alors éclater leur joie de la bonne blague qu’ils viennent de faire. On rit, on boit un petit coup. Tout aurait du se terminer là, mais :
Le lendemain, M revient chercher son pain et remercie chaleureusement Yvan, car il n’a plus mal du tout et c’est vraiment très nouveau pour lui. Quand il revoit ses comparses, Yvan passe partage encore un bon moment de joie avec eux.
Mais la vraie histoire ne fait alors que commencer…..
Les semaine passent et M n’a plus mal. Quand les douleurs reviennent enfin il demande et obtient une nouvelle séance dans le fournil. Et les douleurs disparaissent aussitôt.
Cela se dit en ville, puis dans toute la contrée : « Yvan sait guérir les rhumatismes ! Vas-y donc »
De nouveaux malades viennent et sont également guéris par la même méthode. La petite bande de conspirateurs continue de s’amuser de la chose, mais pas pour longtemps :
Yvan est maintenant assailli de malades authentiques qui demandent le même traitement, d’autant plus qu’il est totalement gratuit ! On vient de plus en plus loin pour le voir. Il ne peut bientôt plus dormir le jour. Ce n’est plus drôle du tout.
Yvan avoue alors publiquement qu’il n’est pas guérisseur et qu’il a seulement voulu s’amuser avec des amis. Mais on lui dit alors « Mais si ! tu guéris vraiment, même si tu ne sais pas pourquoi. Alors je t’en prie, guéris moi ! Je souffre. Allez vas-y »
Yvan mis très, très longtemps pour se débarrasser de cette fâcheuse et involontaire réputation.